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États-Unis : La droite chrétienne évangélique américaine apporte un soutien historique à Israël

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Si les appuis à l’État hébreu peuvent venir de tous bords aux États-Unis, ils semblent particulièrement dévoués chez les évangéliques de droite, partisans du sionisme chrétien depuis les années 1970.

Plus que pour de simples raisons politiques, une grande partie des chrétiens évangéliques américains soutiennent Israël pour des raisons religieuses. Selon Daniel Hummel, docteur en histoire à l’université du Wisconsin à Madison et auteur de Covenant Brothers: Evangelicals, Jews, and U.S.-Israeli Relations«les facteurs les plus importants pour expliquer le soutien que les évangéliques montrent à Israël sont la théologie de la bénédiction, la croyance en l’Apocalypse et enfin les intérêts géopolitiques américains».

L’une des bases du sionisme chrétien, ce que Daniel Hummel appelle «la théologie de la bénédiction», se fonde sur un passage du Livre de la Genèse, quand Dieu bénit Abraham, le premier juif, et déclare: «Je bénirai ceux qui te béniront, je maudirai ceux qui te maudiront.» Les évangéliques fondamentalistes, ayant une interprétation extrêmement littérale de la Bible, pensent ainsi que Dieu juge les pays en fonction de leurs actions envers Abraham et ses descendants, le peuple juif.

Interprétations des textes

 Mais cette conviction va aussi plus loin que le respect d’une volonté de Dieu. Pour une partie des courants évangéliques, l’existence d’Israël est une condition à la fin des temps, qui se terminera par le second avènement de Jésus. Cet événement est relaté dans le Livre de l’Apocalypse, qui décrit les maux que l’humanité connaîtra, puis le retour du Christ sur Terre pour combattre une dernière fois les forces du mal, récompenser les pieux et punir les pécheurs.

L’interprétation du Livre de l’Apocalypse est controversée et change radicalement selon les dénominations chrétiennes. L’Église catholique, par exemple, adhère à l’idée que les textes sont symboliques du combat entre Dieu et le Diable et ne doit donc pas être vu comme une vision du futur. Pour Daniel Hummel, les dénominations protestantes évangéliques, « interprètent littéralement les passages prophétiques de la Bible, ce qui veut dire qu’ils pensent que les événements décrits vont avoir lieu sur Terre et cherchent donc des signes de leur réalisation dans l’actualité ».

Des passages des Livres de Daniel, d’Ézéchiel et de l’Apocalypse invoquent ainsi un rassemblement des juifs sur leur terre avant la fin des temps. D’après Daniel Hummel, les évangéliques interprètent ce retour comme ayant eu lieu durant «le processus de la migration juive et de l’implantation des juifs [au Proche-Orient, ndlr] qui a culminé avec la création de l’État d’Israël en 1948».

D’autres passages sont interprétés comme évoquant l’importance de la continuation d’une Israël juive pour le second avènement de Jésus. Par exemple, un passage du Deuxième épître aux Thessaloniciens mentionne que Jésus ne reviendra qu’après qu’une personne identifiée comme «l’impie», souvent associée à la figure de l’Antéchrist, se déclarera comme Dieu au Temple de Jérusalem.

Le Temple de Jérusalem évoqué dans ce passage n’existe néanmoins plus depuis l’an 70 après J.-C. Le site historique est désormais occupé par l’esplanade des Mosquées. Le retour de Jésus-Christ dépend donc de la restauration du Temple de Jérusalem, qui ne pourra, aux yeux des évangéliques, arriver qu’après l’instauration d’une Israël contrôlée uniquement par les juifs.

Un sionisme chrétien fortifié depuis quatre décennies

Le mouvement du sionisme chrétien existe aux États-Unis depuis au moins le XIXe siècle. Il devient néanmoins très populaire dans les années 1970, après la guerre des Six Jours de juin 1967 ayant opposé Israël à l’Égypte, la Jordanie et la Syrie. À l’issue de ce conflit, Israël contrôle Jérusalem-Est. Beaucoup de pasteurs et théoriciens évangéliques y voient alors un nouvel espoir que la prophétie présageant l’Apocalypse soit complétée.

Durant les années qui ont suivi la guerre des Six Jours, des pasteurs évangéliques vont donc se rapprocher de rabbins pro-Israël et d’hommes politiques israéliens, pour les convaincre des intérêts communs entre le peuple juif et les chrétiens évangéliques. En parallèle de cela, l’interprétation évangélique de l’Apocalypse gagne en popularité.

En 1970, l’auteur et présentateur de télévision américain Hal Lindsey publie The Late Great Planet Earth. Dedans, il compare des passages des Livres de Daniel, d’Ézéchiel et de l’Apocalypse, annonçant le retour de Jésus, à des faits d’actualité de l’époque. Il appuie l’importance de la création d’Israël et la capture de Jérusalem-Est par l’État hébreu durant la guerre des Six Jours.

À l’époque, Hal Lindsey s’aventure même à prédire que la reconstruction du Temple de Jérusalem, et donc l’Apocalypse, auront lieu durant les années 1980. Ce livre connaîtra un énorme succès. Selon le New York Times, plus de quinze millions d’exemplaires de The Late Great Planet Earth se sont écoulés lors des années 1970, devenant ainsi l’ouvrage de non-fiction le plus vendu de la décennie. Il a même été adapté en un film, sorti en 1978 et narré par le cinéaste Orson Welles.

Une influence bien réelle sur la politique américaine

Des lobbys de sionistes chrétiens sont ainsi créés durant les années 1970, comme le mouvement Chrétiens unis pour Israël (Christian United for Israel), fondé en 1975. Ce groupe, dirigé par le pasteur évangélique John Hagee, compte aujourd’hui plus de 10 millions de membres aux États-Unis, ce qui en fait la plus grande organisation américaine de soutien à Israël. À titre de comparaison, selon les chiffres du Pew Research Center basés sur l’année 2020, près de 6 millions de personnes sont juives aux États-Unis. Pour Daniel Hummel, ces lobbies de sionistes chrétiens sont « un facteur majeur dans la politique des États-Unis vis-à-vis d’Israël. Ils sont surtout influents lorsque les Républicains sont au pouvoir, comme l’administration de Donald Trump a pu le montrer

La décision de Donald Trump de déplacer l’ambassade des États-Unis en Israël de Tel Aviv à Jérusalem, annoncée en décembre 2017, a ainsi été largement réclamée puis applaudie par le mouvement chrétien évangélique. John Hagee, qui a confié avoir conseillé Donald Trump sur la décision, était même du déplacement pour bénir les lieux lors de l’inauguration de l’ambassade en mai 2018.

Cette influence du mouvement évangélique a même été reconnue par le gouvernement israélien. Dans une interview donnée à la télévision israélienne en mai 2021, Ron Dermer, l’ambassadeur d’Israël aux États-Unis de 2013 à 2021, a ainsi déclaré : «Les gens doivent comprendre que la base du soutien des États-Unis à Israël vient des chrétiens évangéliques. […] Environ 25% des Américains sont évangéliques, contre moins de 2% de juifs. Rien qu’en regardant les chiffres, il est plus sage de passer plus de temps à convaincre les chrétiens évangéliques que les juifs.»

Un calcul qui a, pour le moment, profité à Israël, mais qui pourrait s’avérer moins durable que ce que ses partisans ne l’espèrent. Selon un sondage révélé en 2021 par des chercheurs de l’université de Caroline du Nord à Pembroke, le soutien des jeunes évangéliques âgés de 18 à 29 ans se disant pro-israéliens s’est rapidement érodé en quelques années, passant de 75% en 2018 à moins de 34% en 2021.

De plus, pour Daniel Hummel, il ne faut pas surestimer le rôle qu’ont les évangéliques dans les décisions concernant la politique étrangère américaine, aussi influents semblent-ils. Il est important de garder en tête qu’«il y a des politiciens pro-Israël chez les Républicains et les Démocrates. Même si les activistes pro-Israël ont été plus actifs du côté des conservateurs ces dernières décennies, les réponse des hommes et femmes politiques démocrates aux récentes attaques du Hamas montrent qu’il reste un réservoir profond de Démocrates non-évangéliques qui soutiennent l’État hébreu

 Source : Slate.fr

Crédit Photo : Marco Bello / AFP

 

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