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Vatican : 2024, une année brûlante pour le pape François

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Réformes, synode, voyages, jubilé… Le souverain pontife entame une année chargée et, par bien des aspects, décisive pour un homme qui vient de fêter ses 87 ans.

Le temps de l’Avent 2023 devait être un temps plutôt calme à Rome. “Le silence et la sobriété – dans les mots, dans l’utilisation des choses, des médias et des réseaux sociaux – ne sont pas seulement des “vœux pieux” ou des vertus, mais des éléments essentiels de la vie chrétienne”, rappelait ainsi le pape François lors d’une méditation donnée pour l’Angélus. Et puis, arriva le 18 décembre. Ce jour-là, sans coup férir, un document publié par le dicastère pour la Doctrine de la foi fit trembler toute une partie de la planète catholique.

Approuvée par le pape, cette déclaration sur la « signification pastorale des bénédictions » (Fiducia supplicans) a surpris tout le monde, aussi bien dans les couloirs du Vatican que dans les diocèses. Le document est pourtant clair sur son ambition – réaffirmer la forme traditionnelle du mariage tout en rappelant l’urgence pastorale d’accueillir toute personne. Il rend possibles les simples bénédictions pastorales pour les couples irréguliers – remariés ou de même sexe – hors du cadre liturgique et sans confusion avec le sacrement du mariage. Beaucoup y ont vu au mieux un texte confus, au pire un premier pas vers l’accueil officiel de couples homosexuels dans l’Église catholique.

Depuis, sur les réseaux sociaux, un certain nombre d’évêques et de responsables se sont exprimés pour dire leur incompréhension, voire leur opposition à cette déclaration. De fait, le texte invitait bien chaque Église locale à traduire ces appels en fonction des réalités culturelles et religieuses régionales. Mais prévoyait-il des réactions épidermiques aussi vives ? En Afrique notamment, où la question de l’homosexualité reste un tabou social, l’incompréhension est réelle. « Pourquoi cette fixation ? s’étonne le père François Euvé, théologien jésuite et rédacteur en chef de la revue Études. Personne ne semble réagir sur les conséquences de ce texte pour les divorcés-remariés, par exemple. »

Sous le signe de la prière

2024 s’ouvre ainsi sous de drôles d’auspices. À moins que le pape argentin ait préféré prendre ce risque pastoral bien en amont de la clôture de la démarche synodale pour allumer un contre-feu ? Pour éviter que le synode ne soit qu’une occasion de répondre à des demandes spécifiques de milieux progressistes ou traditionalistes, le pape insiste sur le processus de discernement – la prise de conscience suscitée par l’Esprit saint.

Il faudra voir si cette nouvelle manière de faire va durablement marquer les pratiques à Rome et ailleurs. Nul doute que le voyage prévu en 2024 en Belgique, à l’occasion du 600e anniversaire de l’Université catholique de Louvain, sera l’occasion de faire le point. D’autant qu’il y a deux ans, des évêques flamands avaient publié une liturgie de prière pour l’engagement de certains couples homosexuels. Une pratique que la déclaration du 18 décembre désapprouve.

On ne s’étonnera donc pas que le pape François ait demandé que cette année 2024 soit placée particulièrement sous le signe de la prière. Une manière d’inviter chacun à ne pas s’enfermer dans des postures clivantes. Et aussi de se préparer à l’année jubilaire qui s’ouvrira dès la fin 2024. Une année qui célébrera aussi le 1 700e anniversaire du concile de Nicée.

Une occasion pour de nouvelles avancées œcuméniques ? « Vu les tensions actuelles en Ukraine et en Terre sainte, souligne François Euvé, il est peu probable que les patriarches Kyrill (russe) et Bartholomée (grec) aient envie d’en saisir l’occasion. »

Une réforme majeure

Le pape participera-t-il au Congrès eucharistique international qui se déroulera en Équateur, début septembre ? Se rendra-t-il alors aussi dans son pays, l’Argentine ? Rien n’est clair pour le moment. L’homme va sur ses 88 ans. Mais si son état de santé lui permet, il est sûr qu’il se fera fort de clore, le mois suivant, la deuxième session du Synode sur la synodalité.

Car c’est là une des réformes majeures de son pontificat, avec celle des structures administratives vaticanes – curie, système financier – et la gestion intransigeante des scandales de la pédocriminalité dans l’Église. Toutes choses que ses deux prédécesseurs n’avaient pas réussi à porter aussi loin.

Il y a là un savoir-faire pastoral indéniable de la part de ce pape jésuite qui, sans fuir les obstacles, préfère élargir la démarche pour revenir au cœur spirituel de l’expérience catholique.

En ce sens, il est fort peu probable que le pontife réponde à l’invitation pour l’inauguration, en décembre, de la cathédrale Notre-Dame de Paris ; car, on l’aura compris, ce n’est pas tant la restauration historique – toujours ambiguë – de l’Église qui l’intéresse que son renouvellement.

Crédit Photo : © FILIPPO MONTEFORTE / AFP

Source : Lepelerin.com

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