Le pasteur Aimé Koffi David Jérémie, leader de l’Église Christ Family Ministry, a été interpellé à Abidjan. L’information est confirmée par ses proches dans plusieurs vidéos diffusées sur les réseaux sociaux ivoiriens. Au cœur de l’affaire : des propos attribués au prédicateur concernant la mort du colonel-major Fofié Kouakou, mais également une prédiction controversée sur la mort du président de la République.

Des proches témoignent
C’est son entourage qui a décidé de briser le silence. Dans une série de vidéos largement relayées sur la toile ivoirienne, les proches du pasteur Aimé Koffi David Jérémie confirment son interpellation. Images à l’appui, ils montrent notamment le domicile l’homme de Dieu et racontent les circonstances dans lesquelles les forces de l’ordre sont venues procéder à son arrestation.
Dans ces vidéos diffusées sur les réseaux sociaux, l’entourage du pasteur apparaît visiblement préoccupé. Les témoignages rapportent, étape par étape, les circonstances de l’interpellation du leader de Christ Family Ministry.
À ce stade, aucune communication officielle des autorités ivoiriennes n’a toutefois été rendue publique pour préciser les motifs exacts de l’arrestation, les éventuelles charges retenues ou le lieu de détention du pasteur. Une prudence s’impose donc sur la qualification juridique des faits.
Une affaire liée à plusieurs déclarations controversées
Selon les informations rapportées par les proches du pasteur et les publications consacrées à l’affaire, son interpellation serait liée à plusieurs déclarations faites publiquement avant et après le décès du colonel-major Martin Fofié Kouakou.
Le prédicateur aurait notamment évoqué, de manière jugée irrévérencieuse par certains, la mort du président de la République avant le 10 août 2026. Cette déclaration, présentée comme une prédiction, a rapidement circulé sur les réseaux sociaux.
Mais, c’est surtout une autre séquence qui aurait provoqué une vive polémique. Après l’annonce du décès du colonel-major Fofié Kouakou, ancien commandant de zone des Forces nouvelles à Korhogo, le pasteur aurait utilisé l’expression « Un à un », après avoir qualifié le défunt de « chef rebelle ». Une formule qui a immédiatement suscité des interrogations.
« Un à un » : une phrase au centre de la polémique
Pour certains internautes, cette expression pourrait être comprise comme une simple déclaration religieuse ou prophétique. Pour d’autres, elle pourrait être interprétée comme une mise en garde, voire comme une menace voilée à l’endroit d’autres personnalités.
C’est précisément cette interprétation qui donne à l’affaire une dimension particulièrement sensible. Mais en l’absence, pour l’heure, d’une communication judiciaire détaillée, il convient de distinguer les faits établis des interprétations suscitées par les propos du prédicateur.
Le décès de Fofié Kouakou ravive un passé douloureux
L’affaire intervient dans un contexte particulier. Le colonel-major Martin Fofié Kouakou est une personnalité associée à l’histoire de la crise politico-militaire ivoirienne.
Ancien commandant de zone des Forces nouvelles à Korhogo, il avait exercé d’importantes responsabilités pendant la période de crise avant de poursuivre sa carrière au sein des forces armées ivoiriennes.
Son nom reste ainsi lié à une période particulièrement sensible de l’histoire récente du pays. Dès lors, toute déclaration publique se rapportant à sa disparition peut rapidement prendre une dimension politique ou sociale dépassant le cadre strictement religieux.
Un pasteur déjà condamné par la justice
L’interpellation actuelle intervient par ailleurs après un précédent judiciaire. Le pasteur Aimé Jérémie Koffi avait déjà été arrêté le 15 décembre 2023, en plein culte dans son église Christ Family Ministry à Abobo.
Après plusieurs audiences devant le Tribunal de première instance d’Abidjan-Plateau, il avait été condamné, le 22 mars 2024, à 12 mois de prison ferme et 300 000 FCFA d’amende pour « diffusion de fausses nouvelles par le biais d’internet ».
Cette précédente condamnation donne un relief particulier à la nouvelle affaire. Elle montre également que le prédicateur n’en est pas à sa première confrontation avec la justice ivoirienne à la suite de déclarations diffusées publiquement.

Un prédicateur habitué aux sorties controversées
Aimé-David Jérémy Koffi, également connu sous le nom de Koffi Duchrist, s’est progressivement fait connaître du public ivoirien à travers des déclarations et prises de position largement diffusées sur les réseaux sociaux.
En 2022 déjà, il s’était adressé publiquement au président Alassane Ouattara, en affirmant vouloir lui transmettre un message urgent et appelant les autorités à tenir compte de ses recommandations. Ses interventions publiques ont ainsi contribué à faire de lui une personnalité religieuse particulièrement suivie sur internet.
Quand la prophétie rencontre les réseaux sociaux
Au-delà du cas du pasteur Aimé Koffi David Jérémie, cette affaire pose une question plus large sur la place des prédications et des prophéties dans l’espace public ivoirien.
Autrefois prononcés devant quelques dizaines ou quelques centaines de fidèles, les propos tenus dans une église peuvent aujourd’hui être filmés, découpés, sortis de leur contexte et partagés en quelques minutes à des milliers d’internautes.
Une parole religieuse peut alors rapidement devenir une affaire publique. Et lorsque cette parole concerne le président de la République, des responsables militaires ou des personnalités associées à l’histoire politique du pays, les conséquences peuvent être considérables.

Une affaire à suivre avec prudence
Pour l’heure, les proches du pasteur sont les principaux à s’exprimer publiquement. Leurs vidéos cherchent à documenter les circonstances de son arrestation et à maintenir le contact avec les fidèles de Christ Family Ministry.
Mais, plusieurs questions demeurent sans réponse : où se trouve précisément le pasteur ? Quels sont les faits juridiquement retenus contre lui ? A-t-il été placé en garde à vue ? A-t-il déjà été présenté à un magistrat ? Quelle qualification pénale a été retenue ?
Autant de questions auxquelles une communication officielle devrait permettre de répondre. L’arrestation d’Aimé Koffi David Jérémie intervient donc dans un contexte où se mêlent religion, réseaux sociaux, prophéties et mémoire politique.
Ses proches confirment son interpellation. Les propos attribués au pasteur sont largement commentés. Son passé judiciaire est connu. Mais, en attendant les éventuelles précisions des autorités judiciaires, l’interpellation ne saurait être assimilée à une condamnation.
L’enjeu est désormais de savoir ce que la justice reproche exactement au prédicateur et quelle suite sera donnée à cette nouvelle affaire. Une affaire qui, en quelques heures, est déjà devenue l’un des sujets les plus commentés dans les milieux chrétiens et sur les réseaux sociaux en Côte d’Ivoire.
Saint Bénifils






